L’église actuelle a été édifiée au centre du bourg en 1518, sous le règne des seigneurs Jean puis Antoine de l’Espinasse (1493-1553). Dédiée à Saint Mammès car elle appartenait autrefois aux Templiers, et achevée provisoirement en 1550, l’église de Turny est connue pour sa remarquable architecture.
C’est une église à trois nefs ; de part et d’autre de la nef centrale sont érigés l’autel de la Vierge et l’autel du Christ. La grande nef et les bas cotés sont voûtés en ogive à fines nervures et arrête prismatique. Le maître autel, élevé en 1671, à colonne corinthienne, grand et bel ouvrage en pierre, est flanqué de deux ailes semées de blasons de pommes.
Elle est dotée d’un portail de style flamboyant qui révèle de nombreux détails dont la ciselure est digne des cathédrales.
Sur la droite, dans le clocher, sorte de haute tour carrée, un escalier en colimaçon de 169 marches conduit aux promenades situées à trente cinq mètres. En arrivant dans le clocher, lui-même surmonté d’une grande croix en fer sur laquelle se dresse un coq, on découvre trois cloches fondues et installées entre 1829 et 1850. Citons notamment la cloche du guet, antique beffroi, qui sert de bourdon à l’horloge communale, et la cloche Marie (760kg), endommagée le jour de l’armistice de 1918 par les coups de marteau répétés d’un individu enthousiaste et refondue en 1975.
A l’intérieur, on découvre plusieurs richesses :
- une grande ceinture noire connue sous le nom de « litre », tendue autour de l’église à l’intérieur des piliers, avec un blason sur chaque pilier, qui rappelle par tradition la mort du seigneur qui a contribué à l’édification de cette église,
- le retable du chœur qui date de 1666,
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les fonds baptismaux , petit monument octogonal d’une exécution soignée, orné de douze petits sujets dont l’origine est sans doute bien plus ancienne que l’église et qui proviendraient d’autres églises implantées à ce même endroit,
- une table de communion en bois, finement travaillée,
- un mobilier des XVIIème et XVIIIème siècles,
- un baptistère Louis XIV orné de corps d’anges en pierre,
- des statues de pierre dont un Saint-Vincent et une Sainte-barbe.
Saint-Mammès
Saint Mammès (dont le nom signifie « celui qui a été allaité ») est né en 259 à Césarée, capitale de la Cappadoce (actuelle Turquie), pendant les persécutions que l’Empereur Valérien déchaîna contre les chrétiens.
Peu de temps après sa naissance, ses parents moururent. Avant sa mort, sa mère avait demandé à Dieu la grâce de trouver quelqu’un qui s’occuperait de son bébé. Sa prière fut exaucée, car lorsqu’elle mourut, un ange ordonna à Ammia, une riche veuve, sainte elle aussi, de prendre en charge le nouveau-né. Elle adopta l’enfant et l’appela Mamas à cause de ses premiers balbutiements. Mammès eut une éducation privilégiée et en grandissant, il devint un défenseur ardent de la foi.
Amnia mourut alors que Mammès n’avait que quinze ans, il n’en resta pas moins ardent prosélyte de la foi.
Ceci parvint aux oreilles de l’empereur Aurélien qui envoya Démocrite occuper le poste de gouverneur de Cappadoce avec mission de faire abjurer le jeune trublion de Mammès. Comme celui-ci refusait d’abjurer sa foi, Démocrite lui fit brûler le torse mais rien n’atteignait l’adolescent. Démocrite, en désespoir de cause, ordonna alors de jeter Mammès au fond de l’eau avec une masse de plomb attachée au cou afin de le tuer. Mais pendant que les bourreaux le conduisaient vers son lieu de supplice, un ange l’enleva et l’envoya s’abriter sur le mont Argée, montagne proche de Césarée.
Après qu’il y fut resté 40 jours, il vit un bâton tomber du ciel et entendit une voix qui disait « frappe le sol ! ». Mammès obtempéra et vit alors apparaître le livre des Évangiles.
Il accumula ainsi des connaissances religieuses qui lui permettaient de descendre de temps en temps à Césarée pour prêcher. Dans la montagne, il apprivoisait les bêtes et les fauves. Les ours, les lions et les tigres le suivaient comme des moutons suivent le berger.
L’empereur Aurélien nomma un nouveau gouverneur en Cappadoce, Alexandre. Ce dernier envoya ses gardes pour l’arrêter en vue de le juger. Mammès leur servit des fromages et du lait et pendant qu’ils mangeaient, les fauves arrivèrent et entourèrent Mammès formant ainsi une redoutable muraille protectrice. Les soldats étaient effrayés, mais Mammès les rassura. Il leur dit qu’il se rendrait bientôt à la ville. Peu après, Mammès descendit à Césarée. Mis en jugement, on l’accusa d’être un magicien qui avait le pouvoir sur les bêtes. Condamné, on le prépara à être jeté dans une fournaise. Mais Mammès courut de lui-même dans la fournaise qui ne lui fit aucun mal. Il y resta trois jours puis sortit.
Livré aux lions du cirque, ces derniers se prosternèrent devant Mammès.
Lorsque le moment est venu pour Mammès de recevoir la récompense, Dieu cesse de le protéger de ses ennemis. Frappé d’un trident l’adolescent recueille, dans ses propres mains, ses entrailles qui s’échappent par une plaie béante. Comme soutenu par une force divine, il sort marche jusqu’à une grotte voisine de Césarée où il s’étend doucement sur la terre et rend son âme à Dieu, en 275.
Quelques années après son martyr, le culte de Saint Mammès est populaire dans l’Orient tout entier. Les croisades vont faire connaître son nom aux peuples de l’Occident. En France, le grand martyr trouve sa patrie d’adoption. Les princes, les évêques des villes se disputent ses reliques qui opèrent, dit- on, des guérisons miraculeuses.
Sans aucun doute, ce sont les Templiers influencés par l’Orient au cours de leurs croisades qui sont à l’origine du choix de Saint Mammès comme Saint Patron avant le XVème siècle, époque à laquelle d’ailleurs l’église actuelle n’existait pas encore.